“Marx trace ensuite un magistral portrait de la bourgeoisie libérale: “Sans confiance en elle-même, sans foi dans le peuple, grommelant contre les grands, tremblant devant les petits, égoïste envers les uns et les autres et ayant conscience de son égoïsme, révolutionnaire par rapport aux conservateurs et conservatrice par rapport aux révolutionnaires, n’ayant pas confiance dans ses propres mots d’ordre, ayant des phrases au lieu d’idées, effrayée par l’orage mondial et exploitant cet orage, sans énergie aucune et recourant au plagiat dans toutes les directions, originale seulement par sa bassesse, transigeant avec ses propres désirs, sans initiative, sans vocation historique mondiale, elle est un viellard décrépit, aveugle, sourd et édenté, maudit par tous, qui se voit condamné, dans sa caducité, à diriger les aspirations juvéniles d’un peuple fort et qui, au lieu de les diriger, les étouffe (Nouvelle Gazete Rhénane, Cfr également: Karl Marx: ‘Révolution et Contre-Révolution en Allemagne’, 1933). C’est dans cette atmosphère qu’ayant pris son courage à deux mains, Engels revint à Cologne. Il y était à peine de quelques jours qu’il fut cité à comparaître en Cour d’assises, les 7 et 8 février 1849, sous l’inculpation d’avoir insulté le procureur général et les gendarmes dans l’exercice de leurs foctions et d’avoir “excité à la révolte” en engageant le peuple à refuser le payement des impôts. Avec lui prirent place devant les jurés. Karl Marx, Hermann Korff, Schaffer et Scheiner, tous collaborateurs de la ‘Neue Reinische Zeitung’. Marx prit la parole au nom de ses co-accusés et dénonça, en termes élevés, l’hypocrisie des gouvernements réactionnaires qui violent les lois, puis accusent de rébellion ceux-là mêmes qui font appel à la violence pour lutter contre la violation dont la loi a été victime. “Lorsque la couronne fait une contre-révolution, conclut-il, le peuple a le droit de répondre par une révolution”. Acquittés, le 7, touts les accusés furent également acquittés le 8 février. Marx reçus même publiquement les remerciements du président du jury… Mais c’en fut fini de la tranquillité. Obligés de peser chaque mot, sous peine de nouvelles poursuites, abandonnés par leur actionnaires, harcelés autant par les fournisseurs que par les autorités. Marx et Engels renoncèrent à poursuivre la lutte. Le gouvernements les aida d’ailleurs dans cette déterminations en menaçant toute la rédaction d’arrestation ou d’expulsion. Le 18 mai, parut leur dernier numéro. Marx avait pris congé de ses lecteurs en termes véhéments. S’adressant au gouvernement prussien il écrivait: “A quoi servent vos mensonges et vos phrases officielles? Nous sommes sans pitié et ne réclamons aucune pitié de vous. Quand notre tour arrivera nous n’ employerons pas le terrorisme. Mais les terroristes royalistes, les terroristes au nom de Dieu et du Droit, c’est vous. Dans la pratique de ce terrorisme vous étes brutaux, provoquants, grossiers;  et dans la théorie vous êtes lâches, dissimulés, sans parole. Dans les deux genres vous étes sans honneur.”” [Luc Somerhausen, L’ humanisme agissant de Karl Marx, 1946]

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