“L’hypothèse de Lange (*) suivant laquelle la théorie marxiste de la valeur-travail n’est «rien de plus qu’une théorie statique de l’équilibre économique général» (op. cit., p. 194) nous semble être complètement fausse. On pourrait le soutenir à propos de l’application particulière de cette théorie aux conditions de la simple production marchande. Mais il est complètement faux de maintenir cette position lorsqu’on applique la théorie de la valuer au capitalisme. Or, c’est a cette application et non dans le cas spécial de l’équilibre statique dans une société précapitaliste que Marx consacra presque touts ses études économiques de 1844 à sa mort. Pour comprendre la ‘nature dynamique de la théorie de la valeur-travail utilisée par Marx’, il suffit de comprendre le but de Marx quand il perfectionne la théorie ricardienne de la valeur-travail en élaborant la théorie de la plus-value. Ilveut expliquer le caractère essentiellement dynamique de l’accumulation du capital: comment l’échange de «valeurs égales» entre le travailleur et le capitaliste conduit à un enrichissement constant du capitaliste. Il n’est pas nécessaire de développer longuement comment Marx résout le problème; distinction entre la valeur d’échange de la force de travail et sa valeur d’usage pour le capitaliste (il s’agit de produire plus de valeur que sa proprie valeur d’échange, etc.). La théorie de la valeur-travail ainsi rectifiée par Marx introduit deux éléments dynamiques dans ce que Lange appelle faussement une «théorie de l’équilibre économique général». De par sa véritable nature, elle implique un processus de croissance économique construit à l’intérieur du modèle. Elle indique le double processus qui fournit la rationalité de l’accumulation  capitaliste: concurrence intercapitaliste, concurrence entre capitalistes et travailleurs (2)”. Pour la même raison, il est ‘impropre de parler du modèle marxiste comme d’un modele «d’équilibre économique général»’. En réalité, c’est un modèle qui représente une unité dialectique entre équilibre et déséquilibre, l’un entraïnant ‘nécessairement’ l’autre. C’est la raison pour laquelle il est vain ‘d’essayer de «decouvrir» la théorie marxiste des crises dans les fameux schémas’ de reproduction du tome II du ‘Capital’ parce que ces schémas font effectivement abstraction de la «concurrence intercapitaliste». Et toute étude du cycle économique doit nécessairement se placer dans l’étude de celle-ci, selon Marx lui-même (3). Toutes les «lois du mouvement» du mode de production capitaliste proviennent du processus d’accumulation du capital, basé sur la théorie de la valeur-travail perfectionnée par Marx et expliqué par elle” [Ernest Mandel, La théorie de la valeur-travail et le capitalisme monopolistique. [L’inflation]’, Critiques de l’économie politique’, Paris, n. 1 septembre-décembre 1970 (pag 135-136)] [(*) Oscar Lange, “Marxian Economies and Modern economic theory”, Review of economic Studies, juin 1935; (2) Soit dit en passant, dans l’article ci-dessus nommé Lange élimine complètement la concurrence intercapitaliste et fait l’hypothèse que le progrès technique est indépendant d’une telle concurrence, introduisant dès lors un facteur extérieur dans l’évolution du capitalisme, qui ne découle plus des contradictions du système. C’est une sérieuse erreur d’interprétation du marxisme; (3) Dans son plan général pour ‘Le Capital’, Marx esclut explicitement les crises de la partie intitulée “le capital en général” et les inclut dans la partie appelée “les différents capitaux”, c’est-à-dire la concurrence]

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