“L’arrivée au pouvoir des bolcheviks survient alors que les soldats du corps expéditionnaire se trouvent dans une situation extrêmement difficile: huit mille hommes environ sont sous la garde armée d’unités françaises au camp de La Courtine, et plusieurs centaines dans différents centres de détention. La tension est également de plus en plus palpable dans le camp du Courneau, où cantonne le restant du corps expéditionnaire. La troupe manifeste un enthousiasme général à l’annonce de la prise du pouvoir par les bolcheviks dans laquelle elle voit l’annonce de la fin de la guerre mondiale et l’ouverture d’une nouvelle ère pour les peoples. Lénine est cité à de nombreuses reprises comme un «héros», un représentant authentique des travailleurs, opposé au «traître» Kérenski. Dès novembre, les rapporteurs des commissions de contrôle soulignent que les soldats du camp de La Courtine sont «plus maximalistes que jamais» et que l’effervescence est «à son comble» à suite de l’insurrection bolchevique. Le mois suivant, l’influence de l’Octobre a encore grandi et ce dans l’ensemble des unités. Les rapporteurs de la commission concluent de façon catégorique: «La victoire des maximalistes en Russie n’a fait que raviver les sentiments révolutionnaires et pacifistes régnant parmi les troupes russes et général. Toutes les lettres traitant de politique, à quelques exceptions près, étaient favorables aux bolcheviks. Les cris de: Vive Lénine! Â  bas la guerre! Mort aux bourgeois! sont devenus plus nombreux que jamais». La nouvelle révolution, seule issue à la guerre qu’ils abhorrent, a «ravivé» la flamme révolutionnaire de la troupe et l’a portée très haut dans le coeur de chaque soldat. «Lénine est l’unique lutteur pour le droit de la classe ouvrière. Il est fidèle à son idéal et ne travaillera jamais avec la bureaucratie. Kérenski a crié que Kornilov était un traître méritant la mort, et maintenant ils sont amis et envoient ensemble de appels au peuple! Kérenski, Kaledine, Kornilov conduisent la classe ouvrière à sa perte et nous remettront bientôt le joug qui nois a écrasés pendant centaines d’années. Camarade, regardez froidement les choses. On lutte en Russie contre le capitalisme, pour garder nos droits qu’une poignée de riches vont nous enlever. Camarades! (…) Nous avons besoin de la terre, de la Liberté et de l’Égalité. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre. Nous prétendus ennemis sont des gens comme nous. Ils n’occupent pas nos terres. Au contraire, à l’intérieur, il y en a qui possèdent la terre, qui nous réclament le paiement du loyer et des impôts, et qui luttent avec nous! Ce sont les bourgeois capitalistes, voilà les ennemis qui sucent notre sang!»” [Rémi Adam, ‘1917, la révolte des soldats russes en France’, Pantin, 2007] [Lenin-Bibliographical-Materials] [LBM*]