“Karl Marx entra au lycée en 1830. Ce fut un élève moyen. A la fin de chaque année scolaire, les bons élèves étaient félicités. Marx obtint une fois une «mention honorable» pour ses connaissances en langues anciennes et modernes, mais il ne fut que le dixième sur la liste des élèves cités. Une seconde fois il mérita des éloges pour ses dissertations allemandes. Ce n’est pas grand-chose pour cinq années de lycée. Il passa ses examens sans s’y distinguer vraiment. Bien des indices montrent que, dès cette époque, ses maîtres et ses condisciples le considéraient comme un poète. Après le départ de Karl pour l’Université de Bonn, le conseiller de justice Marx alla porter le salut de son fils à [Hugo] Wyttenbach, directeur du lycée, et lui dit que Karl avait l’intention de composer un poème en son honneur, «ce qui rendit le vieil homme tout heureux». On ignore si ce poème a vraiment été écrit. La seule intention de le composer dénote une convinction politique nettement définie. Wyttenbach était l’âme du groupe de kantiens qui s’était formé a Trèves dans les premières années du nouveau siècle, et dont le père de Marx faisait également partie. Érudit, historien, archéologue et humaniste, Wyttenbach  imprégnait son enseignement d’un esprit libre et cosmopolite bien différent de celui qui régnait alors en général dans les lycées du royaume de Prusse. Dans les discours qu’il prononçait chaque année lors de la cérémonie d’adieu aux élèves partant pour l’Université – discours que le journaux de Trèves reproduisaient toujours ‘in extenso’ – s’exprimait une haute conception de sa mission: «Le maître ne peut modifier l’individualité de l’enfant; mais il peut l’entraver ou la favoriser, l’étouffer ou la développer harmonieusement». Aucun de ces discours ne contient les périodes redondantes sur le trône et l’autel qui étaient alors habituelles, sinon expressément prescrites. Jusqu’en 1830, la police n’eut guère à s’occuper du lycée. L’administration prussienne, fidèle aux instructions qui lui enjoignaient de gagner le coeur des nouveaux sujets, fermait les yeux et laissait Wyttenbach entièrement libre d’agir à son gré. Après 1830, cela changea. On se mit à persécuter les «démagogues». La commission constituée à Berlin «pour la suppression des groupes politiquement dangereux» porta son attention sur Trèves” [Boris Nicolaievski Otto Maenchen-Helfen, ‘La vie de Karl Marx. L’homme et le lutteur’, Paris, 1970]

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