“Certes, reconnaît Marat, il existe des monarques respecteux de la religion, mais en apparence seulement. Ce sont des “princes dévots, hypocrites, fanatiques ou superstitieux” “des hommes … qui, séparant la morale du dogme, à l’exemple des pharisiens” … ne prennent “dans la religion que ce qui ne [gêne] point leurs inclinations vicieuses”. Bref, incapable qu’elle est de rendre les monarques vertueux, la religion annihile la résistance morale du peuple face a l’oppression, elle le désarme psychologiquement et politiquement en lui prêchant la résignation, et Marat se souvient sans doute de la fameuse formule de Rousseau: “On ne prêche jamais que ceux qu’on opprime” – une formule qui contient en germe les conclusions de l’analyse critique du phénomène religieux à laquelle se livreront Marx et les marxistes. Jaurès parlera un jour de “la vieille chanson dont on a bercé la misère humaine”. C’était redire en termes du poète que “la religion, c’est l’opium du peuple”. Cependant tout n’est pas si simple: quand Marat écrit “Le chaînes de l’esclavage”, où il traite des liens de la religion et du despotisme, nous ne sommes pas encore sortis de l’Ancien Régime. L’Eglise en tant que telle est totalemenht intégrée à l’ordre établi, à ce qui subiste de la féodalité dans l’armature de l’Etat; mais, dans le peuple, ils sont des millions à entendre et à chanter “la vieille chanson”, tandis que l’athéisme est le fait d’une minorité de l’intelligentsia et de la noblesse. D’où l’attitude prudente, en général, des hommes de 1789 à l’égard de Dieu, leur souci de ne pas “se couper” d’un peuple encore pétri de religiosité et à qui le culte de l’Être suprême proposera un ersatz assez peur convaincant” [François Fonvieille-Alquier, Marat, (in) ‘Les Grands Révolutionnaires. Les geants de 89. La Liberté ou la Mort’, Romorantin, 1977, Équipe Martinsart, sous la direction de Gérard Plon]

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