“La guerre, considérée jusque-là comme une variable, est devenue le creuset où se déterminent toutes les modulations du projet révolutionnaire. La place initiale de l’accent sur sa signification comme entreprise contre-révolutionnaire est dans une grande mesure conditionnée par le pronostic commun à tous les contemporains, celui d’une guerre courte. Or, à la fin de 1914, Lénine constate que «la guerre traîne en longueur et continue à prendre de l’extension» (55). Par conséquent, les perspectives changent en même temps que se fait jour la convinction que cette première guerre de l’âge industriel n’a pas rempli la fonction qui lui était assignée. Elle n’est pas parvenue à briser le rythme de la révolution, au contraire, elle l’a accéléré. Dès lors, Lénine met l’accent sur le second aspect: le rôle et la place de la guerre européenne qu’il définit comme unme crise historique très profonde. Comme toute crise, elle exacerbe les contradictions fondamentales qu’elle révèle au grand jour et qui font mûrir les conditions objectives de la crise révolutionnaire (56). Cet aspect situe Lénine dans le devenir historique qu’il cherche à inflechir, forme la trame des efforts qu’il entreprend pour incorporer les données et les phénomènes nouveaux dans la théorie et pour préciser les objectifs à moyen et long terme. Boukharine, proche collaborateur de Lénine pendant l’émigration en Suisse, présente les deux volets d’une radiographie de l’anatomie du capitalisme monopolistique révélée par la guerre: a) les tendances à une concentration accrue et au monopole absolu, qui se précisent et trouvent leur expression dans le phénomène du capitalisme d’Etat et la «désagrégation, la désorganisation du mécanisme capitaliste» qu’il entraîne; b) le commencement de la «période de l’effondrement des rapports capitalistes… dont l’apparition est déterminée par la collision formidable des organismes capitalistes, de leurs guerres, qui ne sont qu’une forme particulière de leur concurrence» (57). Cette rivalité armée – une étape nécessaire du point de vue économique et social – accentue les contradictions du capitalsme des monopoles – essence de l’impérialisme – dont le système colonial représente une partie organique; elle met aussi en marche des forces historiques nouvelles, celles qui subissent la domination coloniale” (pag 274-275) [(55) Lénine, Oeuvres, T. 21, p. 237; (56) Ibid, pp. 95, 159. Cette crise révolutionnaire a-t-elle été la conséquence de la guerre ou bien la coflagration ne l’a-t-elle rendue que plus aiguë? Lukacs, interprétant Lénine, donne la réponse suivante: «La guerre ne crée donc pas une situation absolument nouvelle, ni pour un pays ni pour une classe à l’interieur d’une nation. Son apport nouveau consiste simplement à transformer qualitativement l’intensification quantitative extraordinaire de tous les problèmes et c’est en cela, et uniquement par cela, qu’elle crée une situation nouvelle» (Lukacs, G., Lénine, Paris, EDI, 1965, p. 82; (57) Boukharine, N., op. cit., p. 14] [Lenin-Bibliographical-Materials] [LBM*]

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