“Et puis ensuite, dites vous, j’ai poursuivi mes recherches ce sujet quand Marx était désormais à la mode. Mais là vous parlez de Marx théorique, de Marx théoricien, de Marx auteur du ‘Capital’ ou de ‘L’idéologie allemande”. Mais l”Idéologie allemande’, je crois qu’elle n’a été publieé en France qu’après la guerre et en Allemagne elle a dû être éditée vers 1938. Donc le Marx qui pouvait être à la mode – si vraiment cela avait été le cas – n’aurait pas du tout été Marx que nous connaissons maintenant. En France, la ‘Correspondance’ de Marx et d’Engels, qui est si importante, n’a paru que dans les dernières années (je crois que d’ailleurs son éditions n’est pas achevée, et elle risque fort de ne s’achever que dans des temps très éloignés de nous). Les principaux ouvrages de Marx n’étaient pas édités, ou étaient édités d’une façon très précaire. En particulier se pose pour nous en France, et certainement aussi dans d’autre pays, le problème de la traduction. Les traductions dont on disposait jusqu’à une époque très récente étaient tout à fait fautives, tendancieuses ou même falsificatrices, elles ne nous permettaient pas d’accéder à la pensée théorique profonde de l’auteur. Dans les années Soixante, Soixante Dix, c’était – pour dire les choses un peu sommairement, avec les risques que cette abréviation comporte – , le Marx d’Althusser qui était à la mode à Paris. Le gens se promenaient sur le boulevard Saint-Michel avec ‘Le Capital’ sous le bras, mais ne réalité ils ne le lisaient pas beaucoup. Ils lisaient le commentaire d’Althusser, qui était d’ailleurs fort intéressant. C’est  un problème que de savoir si Marx a jamais été à la mode .- je veux dire, en France, le vrai Marx” [Jacques D’Hondt, a cura di Fiorinda Li Vigni, Hegel et Marx: une double réhabilitation. Entretien, Napoli, 2002]