“A ceux, qui, dans le gouvernement, penchent pour des solutions précipitées comme la culture prolétarienne, Lénine décrit le vrai tableau culturel de la Russie. On connaît en effet les sympathies de Lounatcharski pour les théories de Bogdanov, il faut y ajouter la ligne tortueuse de Boukharine à propos de la question culturelle. En 1923, «l’enfant chéri» du Parti publie une brochure de facture légèrement proletkultienne, ‘La Révolution et la culture prolétarienne’, en 1924 il semble la désavouer plus ou moins nettement: «N’oubliez pas que le problème culturel diffère du problème militaire en ce qu’on ne peut pas le résoudre par une application de la violence mécanique» (28). Lénine s’oppose brutalement au Prolétkult et déclara: «Pendant que nous dissertions sur la culture prolétarienne et sur son rapport avec la culture bourgeoise, les faits nous fournissaient des chiffres témoignant que même en ce qui concerne la culture bourgeoise les choses vont très mal chez nous» (29). Lénine va s’attacher à montrer le retard culturel des masses russes. Cette démonstration est faite en appuyant les termes, en forçant les différences. D’un côté la Russie barbare: «nous sommes illettrés» (…) «nous avons par contre, ressenti avec une acuité d’autant plus grande toutes les difficultés de l’oeuvre de rééducation des masses, d’organisation et d’instruction, de diffusion des connaissances, de lutte contre l’ignorance, le manque de culture, la barbarie et l’abrutissement» (…) «nous devons nous engager dans la voie juste afin de triompher du manque de culture, de l’ignorance et de la barbarie dont nous n’avons jamais cessé de souffrir» (…) «nettoyer la Russie de cette barbarie, de cette honte» (…) «des millions de paysans opprimés pendant des siècles par les propriétaires fonciers, terrorisée, incultes» (…) «il s’agit de cette inculture semi-asiatiques dont nous ne sommes pas sortis jusqu’à ce jour» (30). De l’autre côté, la bourgeoisie internationale dont dépend le sort de la Révolution russe: «Nous ne devons pas oublier à quel ennemi nous avons affaire. Les ennemis auxquels nous avons eu affaire jusqu’à présent: Romanov, Kerenski et la bourgeoisie russe stupide, inorganisée, inculte, qui baisait hier la botte de Romanov (…). Ces ennemis représentent-ils quoi que ce soit en comparaison de cette bourgeoisie internationale qui a fait de toutes les conquêtes de l’esprit humain une armée servant à réprimer la volonté des travailleurs et qui a su adapter toute son organisation à l’extermination des hommes? Tel est l’ennemi qui s’est abattu sur nous» (31). Pour combattre cet ennemi il faut liquider l’analphabétisme, acquérir les connaissances les plus modernes applicables dans tous les domaines de la vie sociale. Les idées de Lénine sont particulièrement nettes: «Il faut prendre toute la culture laissée  par le capitalisme et bâtir avec elle le socialisme. Il faut prendre toute la science, la technique, toutes les connaissances, tout l’art» (32). Il ajoute: «Il faut nous mettre (…) à l’école de nos ennemis» (33)” [François Champarnaud, ‘Revolution et contre-revolution culturelles en Urss de Lénine a Jdanov. Textes de: Bogdanov, Boukharine, Lounatcharsky, Kollontai’, Paris, 1975] [(28) Cité par Victor Serge, “Une littérature prolétarienne est -elle possible?”, Clarté n. 72, 1° mars 1925, p. 122; (29) Lénine, ‘Culture et Révolution culturelle’, p. 187; (30) Lénine, ‘Culture et Révolution culturelle’, p. 71, 75, 157, 64, 189; (31) Lénine, ‘Oeuvres’, tome 2, p. 169-170; (32) Lénine, ‘Culture et Révolution culturelle’, p. 58; (33) Lénine, ‘Ecrits sur l’Art et la Littérature’, p. 129] [Lenin-Bibliographical-Materials] [LBM*]

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