“Si maintenant nous regardons de près comment Marx épèle le nom ‘lumpenprolétariat’, il apparaît qu’il n’est même pas fait une description défini, Marx l’utilisant souvent pour résumer une liste d’individus. Dans ‘Les Luttes de classes en France’, on lit, à propos de la garde mobile: “Ils appartenaient pour la plupart au lumpenprolétariat qui, dans toutes les grandes villes, constitue une masse distincte du prolétariat industriel, pépinière de voleurs et de criminels de toute espèce, vivant des déchets de la société, individus sans métier avoué, rôdeurs, gens sans aveu et sans feu” (1). Engels qualifie la garde mobile de “lumpenprolétariat organisé”, composé d'”anciens mendiants, vagabonds, escrocs, gamins et petits voleurs” (2). Dans ‘Le 18 brumaire de Louis Bonaparte’, la composition du lumpenprolétariat s’accroît de nouveaux éléments. Marx expose la nature de la Société du 10 décembre, destinée à soutenir Bonaparte et à faire le coup de poing: “On avait organisé le lumpenprolétariat parisien”: “Des roués désargentés aux moyens d’existence douteux, et à l’origine tout aussi douteuse, des rejetons dépravés et aventureux de la bourgeoisie, des vagabonds, des soldats limogés, des détenus libérés, des forçats évadés des galères, des escrocs, desl saltimbanques, des ‘lazzaroni’, des ‘pickpockets’, des joueurs de bonneteau, de joueurs, des maquereaux, des tenanciers de bordels, des portefaix, des littératuers, des tourneurs d’orgue, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, bref, toute la masse indéterminée, dissolue, ballotée et flottante, que les Français appellent la “bohème”” (3). Ici, c’est la “bohème” qui abrège une liste qui pourrait être allongée, censée donner un contenu au lumpenprolétariat, liste étrange sur laquelle on reviendra. Entre 1830 et 1851, année de publication des ‘Scènes de la vie de bohème’ de Murget, le mot “bohème” passe d?un sens péjoratif à un sens socialement acceptable. Pourquoi Marx a-t-il retenu l’acception la plus défavorable, et pourquoi le présenter comme un équivalent de lumpenprolétariat?” [Jean-Claude Bourdin, Marx et le lumpenprolétariat, ‘Actuel Marx’, n° 54 2013] [(1) Karl Marx, Les luttes de classes en France (1848-1850), Editions sociales, 1967, p. 58; (2) Friedrich Engels, Nouvelle Gazette Rhénane, 29 juin 1848, n. 29m; Karl Marx, Les Luttes de classes en France, p. 189; (3) Karl Marx, le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Flammarion, 2007, p. 129]

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